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Écrire

Écrire me manque. Je viens tout juste d'écouter le journal de Jules Renard sur France Inter, et j'ai été surpris par tant de justesse et d'injustice: il est bon. Et je suis nul. Nul comme lui le disait parfois de lui-même. Le bruit de mitraillette de ma machine à écrire me manque, son impossibilité de corriger, de revenir en arrière. L'ici. Et maintenant. Le présent devenant passé sur les feuilles volantes. Volant notre temps de vie. Aucun futur possible si ce n'est le blanc, le vide, dans lequel on se jette en tapant la première lettre après avoir enfilé une page blanche. L'angoisse est brisée. J'aimais bien tuer cette angoisse, et imprimer le mouvement de mon corps avant de dévaler cette pente infernale de l'écriture, le laisser faire de mes mains et de mes doigts. L'oubli. De mon cerveau gauche. Du moi, de mon être, pour un instant: celui de l'écriture. De cette espace de liberté et d'expression offert à toutes et à tous. De cette décharge d'adrénaline. Purée. Ça fait du bien. Ne serait-ce que sur l'ordi au clavier si doux que me mains ne bougent même pas. Cela n'empêche, mon esprit est ailleurs. Fondu avec le grand tout dont je me fais le scripteur ultime. Le sténographe. L'orateur d'un soir. Oubliant cette réalité emmerdante de notre époque technologique et consumériste, où la peur de l'autre -puisqu'inconnu-, est substituée à l'amour du prochain. Où le narcissisme ambiant  est omniscient, omniprésent, omnivore. Les jeunes et moins jeunes se dévorent de l'intérieur en exhibant leur extérieur. Ou plutôt, ils ne risquent pas: d'intérieur ils n'ont pas. Il n'ont plus ou n'en n'ont jamais eu, tant l'esprit est passé désuet. Le paraître est un colonel nazi qui a cousu une étoile jaune sur la face de l'esprit, le rendant aveugle. Le paraître marche tel un robot, bras tendu pour signaler sa présence, espérant que d'autres paraître aussi dénué d'esprit se joindront à ce groupe n'ayant d'autre projet de vie que de montrer des selfies, et d'exterminer un maximum d'esprits. Bref, le jeune est con. Et je suis de plus en plus vieux et fou. Parfois nous nous mélangeons comme deux ingrédients d'une recette indigeste, mais de plus en plus je trouve le jeune gras alors que mon sang tourne au vinaigre. Il fut un temps où il était du vin. Divin. Mais la mayonnaise ne prends plus: le gras squatte le fond du verre pendant que je m'évapore au soleil d'été.Triste fait divers se répétant par delà mes collines francomtoises. BREF. J'avais juste envie d'écrire, et voilà que je vomis ma haine de l'extrême. Ne suis-je pas moi-même un extrémiste en ne tolérant pas les cons ? Mais à dire vrai, les cons ont leur utilité futile, fussent-ils dénués d'esprit: ils sont nos plus grands amis, ceux-là même qui testeront et mettront à rude épreuve notre foi en un changement proche et permanent. Ceux-là même qui nous feront tolérer l'intolérance. Mettre de l'eau dans notre vin. Dans notre sang acide et lucifère. J'embrasse donc les extrémistes, tout en leur plantant un couteau dans le dos, afin d'en extraire la haine et de vérifier la vacuité de leur esprit. Cette même haine qui pourrait bien nous montrer ce qu'il ne faut pas faire, ce qu'il ne faut pas devenir: un humain ignorant, un ign-humain.

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avec Stéphane Bouillet

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