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Reynold Brown - illustrateur

Reynold Brown (1917-1991), est un illustrateur et un affichiste de cinéma américain qui dessina entre autres l'affiche originale pour le film Ben Hur ou L'Attaque de la femme de 50 pieds.

The Man Who Drew Bug-Eyed Monsters

Ce documentaire sur Reynold Brown et son art est excellent, même s'il date un peu !

 

 

 

 

 

 

 

 

Reynold Brown : un excellent illustrateur des années 50

Quelques commentaires tirés du documentaires :

  • Reynold Brown n'avait pas de limite : il pouvait représenter ce qu'il voulait, n'importe quoi, de n'importe quel point de vue ou perspective.
  • la couleur était en général de l'aquarelle et rarement de l'huile
  • l'affiche finale restait anonyme et non signée : les producteurs voulaient vendre le film, les acteurs, mais pas l'artiste illustrateur, pour lequel il était difficile de mettre son style et sa signature artistique dans le dessin, puisque le style demandé était le réalisme avant tout 
  • les affiches étaient en général fidèles au film, même si parfois elles représentaient une scène supplémentaire
  • il y a aussi une autre facteur qui rendaient les affiches de films fascinantes : c'est qu'elles créaient un monde mythologique, dans lequel l'innocence américaine pleine de fécondité est menacée par des "aliens", qui pourraient tout aussi bien être des russes, des chinois ou des monstres, et que la science risquait de finir par nous dominer tous. Ils mettaient en scène finalement ni plus ni moins que la destruction des valeurs américaines, et il y avait un attrait pour cela comme celui d'une sexualité à la poitrine opulente.
  • Reynold s'est mis un niveau très haut, et même s'il avait du travail pour le week end, il ne lésinait pas sur le travail, même s'il avait à faire une foule de 100 personnes, il travaillait sur les expressions des visages et sur leur diversité
  • Dans les affiches de Brown, il y avait toujours de l'énergie, que ce soit une locomotive qui déraille, une poitrine qui sortait de l'affiche, un vaisseau spatial ou encore un monstre énorme. Certains artistes mettent leur énergie dans l'accroissement de leur égo, tandis que l'égo de Brown était complètement submergé par l'objet de ses peintures : il n'essayait pas de mettre son énergie dans la reconnaissance de son style ou de sa personne, mais dans ce qu'il dessine. Et c'est ce qui est remarquable dans les affiches des années 50 : chaque élément est présent et réel d'une manière féroce, gigantesque
  • Il avait cette capacité (comme Moebius) de voir une chose, et de pouvoir la reproduire des semaines ou des mois plus tard, comme une mémoire photographique

Il est intéressant de voir comme il se prenait en photo pour se dessiner ensuite, parfois même exactement comme la photo, visage compris. C'était l'époque où les dessinateurs prenaient encore des modèles (eux-même compris), ce qui est devenu rare à l'époque d'internet : Blutch est un rares dessinateurs à perpetuer (à ma connaissance) cette technique.

Les besoins des affiches de cinéma : rentabilité, sexe, violence et catastrophe…

Quelques commentaires tirés du documentaires :

  • Les commanditaires des affiches de cinéma ne regardaient pas dans un premier temps le coté artistique, mais bel et bien si ça allait faire vendre des tickets
  • sur les affiches de cinéma, la taille des visages des acteurs reflétaient aussi la taille du contrat avec les studios de cinéma… Les têtes des hommes étaient souvent plus grosses que celles des femmes…
  • les affiches devaient montrer ce qu'on achetait avec le ticket, et dans le cas de nombreux film d'horreur, on achetait du sexe, de la violence et de la catastrophe. Et bien sûr les monstres étaient mis en avant : même si dans le film on ne voyait que des "spaghettis", l'affiche du film montrait un monstre énormément effrayant, en misant sur le coté énorme,  dangereux et étrange
  • un film doit être excitant : vous pouvez tout faire à une audience, sauf l'ennuyer. Et la campagne publicitaire d'un film doit être encore plus excitante que le film
  • Puis ce fut l'époque des films d'horreur (avec ceux de William Castle entre autre) et de science fiction (ovni etc) avec l'invasion de nombreux films de série B
  • C'était aussi l'époque de la chasse aux sorcière et de l'anti-communisme et donc de films religieux, et de films associés, mais aussi l'époque de l'intégration raciale, de la polio et de la guerre nucléaire
  • Dans les affiches de Reynold Brown, c'est toujours le chaos ambiant, et rien qui puisse faire penser que l'ordre va être restauré

Sexe et clichés dans les affiches de cinéma vintage

Quelques commentaires tirés du documentaires :

  • dans les années 30 et 40, il y avait de grandes stars romantiques, et les studios voulaient qu'elles soient dépeintes d'une manière vraiment romantique, onirique et sexy, qui suggéraient le sexe mais laissait un part à l'imagination. Mais dans les années 50, les choses ont changé : les femmes étaient faites pour paraître monnayeuses et les hommes plus costaud et le lien entre eux plus électrique et plus direct : plus de regards enflammés, plus de baisers, et des personnes qui donnaient l'impression qu'ils allaient finir au lit.
  • Des films comme "Love slaves of the amazon" n'était pas des film papa-maman, mais des films du samedi après-midi ; le fait qu'ils attiraient autant était fascinant et donnait la chair de poule en même temps
  • Toute une génération s'est construite sur les relations qu'entretenaient les garçons et les filles dans de tels films ; les affiches montrent souvent une fille qui a besoin de protection, une fille dont les vêtement tombent en lambeau, une fille qui est l'objet sexuel, et c'est l'homme large d'épaules qui se tient entre elle et la destruction. On a en général une jolie jeune fille effrayée et hurlant dans une robe rouge en lambeaux. Elle a aussi en général des lèvres épaisses, un cou fin, des pommettes hautes. Elle est toujours représentée comme une femme blanche présumée anglo-saxonne et protestante et de la haute bourgeoisie.
  • Même les femmes scientifiques sont montrées comme des objets sexuels dans un premier temps, puis comme cerveaux ensuite. Et elles doivent toujours être tuées
  • Les filles bien élevées ne portent pas de pantalons

La polémique de l'affiche de Night Walker

En 1965, Reynold Brown entrepris une campagne publicitaire du film Night Walker dirigé par William Castle, avec Barbara Stanwyck dans le rôle principal. Il a basé sa composition sur la peinture "Le Cauchemar" (1871) du suisse Henry Fuseli. Ce fut la peinture la plus controversée de sa carrière.

Dans le film, Incubus est une force démoniaque qui viole des femmes au milieu de la nuit quand elles rêvent. Brown met en place une vraie minette portant une robe blanche laissant par un pur hasard apparaître ses cuisses. Peut-être a-t-il eu des directives de Missha Kahless, dans la manière dont ils voulaient vendre le film. En tous les cas, il est allé dans une direction intéressante et dangereuse, et peut-être auto-révélatrice : on y voit une créature primaire, un satyre, enjambant quasiment une femme voluptueusement endormie. Sans doute était-ce très intéressant, primaire et sexuel pour lui-même… parce qu'il n'y a rien de tout cela dans le film.

Cette affiche illustra aussi la tension habituelle qui existait entre l'illustrateur et le directeur artistique : il a utilisé les visages de certains directeurs artistiques très connus avec lesquels il avait travaillé, en tant que monstres qui regardent la scène. Il a donc pris le contrôle, et a donné bien plus qu'une simple affiche de film d'horreur cntenant du sexe : il leur a donné un aperçu du cauchemar, un aperçu de leur psyché et lde leur propre inconscient.

Les directeurs artistiques ont utilisé cette image que leur apportait Reynold, mais en effaçant toutes les têtes. C'est en quelque sorte une leçon faite à l'artiste illustrateur : vous pouvez franchir les limites, mais vous serez stoppé pour ça. Il y a de l'animosité et de l'antagonisme entre les directeurs artistiques et les illustrateurs : les illustrateurs d'affiches sont peu payés, leur travail est souvent ridiculisé par les directeurs artistiques et leur nom est retiré. Brown était quelqu'un d'élégant à la voix douce ; peut-être les directeurs artistiques ont cru qu'ils pourraient le manipuler.

Les directeurs artistiques le remerciaient à peine, ce qui peut être dévastateur pour une personne comme Brown qui était sensible et donnait toujours tout ce qu'il pouvait, mais c'était une manière de dire "OK, tu es bon, mais pas si bon que ça, et tu peux être remplacé". Il n'était pas très vendeur, et s'il avait eu plus d'audace et de compétences de vente, il aurait été davantage connu et riche. Il a peut-être été un peu trop carré sur ce qu'on lui demandait de faire, pour s'assurer un prochain travail, sans casser les conventions de son temps ou provoquer les perceptions de ses directeurs artistiques.

Reynold Brown : a life in pictures

Pour aller plus loin, vous trouverez tout dans ce livre en anglais, au alentour de 50$ aux USA.

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Same same but… different