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Estampe japonaise : la gravure des couleurs

La gymnastique de l'esprit

En effet, c'est là que se construit véritablement l'image future, et c'est là qu'on doit mettre notre esprit à contribution pour séparer les couleurs à imprimer, du dessin d'origine. Inutile de dire que l'on peut suivre au millimètre les contours des couleurs du dessin, ou bien réfléchir en pensant vraiment gravure et estampe japonaise, car c'est finalement comme en sérigraphie, on peut superposer deux couleurs pour en faire une troisième.

Couleurs: faire des essais de couleur sur photoshop par ex.: le nombre de calques de couleur donne le nombre de face de bloc à graver. En utilisant des couleurs / calques semi-transparents, on peut aussi reproduire ce que donnera vraiment l'utilisation des couleurs à l'eau, notamment lors de superposition des couleurs de deux blocs, donnant une troisième couleur, comme en aquarelle ou sérigraphie !

Dans le cas d'Onibaba, j'avait imaginé basiquement des applats de deux couleurs de peaux, mais à la fois la peau claire (onibaba) peut allez donner des ombres par superposition à la peau foncée (victime avec une jambe en moins), et inversement. Ainsi on a gagné en volume !

Réfléchir aussi à l'utilisation d'une face de bloc pour deux couleurs différente, si l'on a assez de place entre ces deux couleurs, car il nous faut toujours nos 2 à 3 doigts d'espace où la brosse, et donc la couleur, dépassera.

Préparer les nouveaux dessins

Une fois le bloc des lignes de contour gravé, on l'utilise pour imprimer des estampes qui nous serviront à graver les blocs servant à l'impression des couleurs. Les estampes japonaises sont issues en général de l'impression de 5 blocs gravés sur les deux faces, soit 10 gravures au total, avec parfois plusieurs couleurs par face de bloc.

On imprime donc X estampes de lignes noires pour X faces à graver = en général X couleurs, ou X+1 si un bloc sert à 2 couleurs etc. (et en général une ou deux estampes de noir en plus, au cas où on aurait des pertes lors de l'étape du collage...).
Bien garder à l'esprit qu'il faut toujours jeter les 3-4 premières impressions car c'est le temps que le bloc de bois "chauffe" et soit prêt à imprimer correctement, plus finement etc.
NB: si le bloc est sec, on met en général un peu d'eau avant de mettre notre mélange encre de Chine(cf la petite bouteille plastique au bouchon percée sur la photo).
Ces estampes peuvent être plus claires que le noir normal: comme on utilise du papier assez basique et fin (pour ne pas gâcher du washi de qualité), on met juste un peu d'encre, d'eau et de... sirop de glucose, pour que la feuille imprimée ne gondole pas : en effet, les feuilles d'imprimerie basique qu'on utilise ici sont fines et gondolent facilement. Or il faudra ensuite les coller sur les blocs couleurs, ce qui est difficile si elles ne sont pas bien plates. On trouve le sirop de glucose au rayon pâtisserie - éventuellement dans des épiceries marocaines. On imprime donc ce qui nous intéresse : c'est inutile d'imprimer toutes les lignes noires si seulement un quart sert à la gravure du bloc-couleur visé: par exemple d'imprimer tous les arbres pour le bloc couleur chair.

Marquage des zones à garder: une fois imprimées et séchées (éventuellement entre deux feuilles de journal), on marque au stylo rouge les zones à garder/enlever, voire à l'aquarelle rouge, mais ne pas trop tremper le papier ou il sera difficile à coller s'il a gondolé.

On cale les dessins sur le bloc-couleur correspondant, on les marque au crayon graphite pour voir si la feuille va rétrécir lors du collage (4 traits suffisent), et aussi pour savoir où la coller exactement.

Collage

  • colle de riz uniquement car l'encre imprimée est de l'encre de Chine, diluable à l'eau: pas besoin de colle vinylique
  • appliquer la colle sur le bloc, dont on aura éventuellement fait l'encoche de calage (entre les couleurs et le noir) auparavant. Bien vérifier que les tailles de bloc et papier correspondent. La marge blanche dépend de la taille de brosse que l'on utilisera pour encrer, car avec les mouvements, on va forcément dépasser de la zone à colorer, de 2 à 3 largeurs de doigts (cela dépend aussi de la taille de la brosse)
  • répartir la colle avec la paume seulement. Trop de colle et le papier va gondoler. Pas assez de colle et il ne collera pas, n'imprégnant pas l'image sur le bois une fois le papier décollé.
  • Une fois répartie rapidement, on fait des mouvements de ventouse: on teste ainsi la quantité de colle et sa texture (bonne quantité d'eau); trop/pas assez de colle ou trop/pas assez liquide et ça ventouse pas du tout. On rectifie (ajout/retrait de colle, sèche cheveux...) et on ventouse sur toute la surface, pour créer un relief de pics de colle, empêchant le papier de trop gondoler.
  • vite et bien, on applique le papier, on l'étale et on frotte avec les ongles, les doigts retournés genre le point presque fermé, sur toute la surface, pour aplanir et bien coller le papier, bien répartir la colle si besoin, et en changeant d'angle dans nos mouvements gauche-droite de la main.
  • séchage 1-2 heures suivant la température et l'hygrométrie ambiantes

Décollage du papier

  • humidifier avec une serviette imbibée d'eau, voire une éponge. Trop d'eau et tout va se décoller il ne restera rien de l'encre; Pas assez d'eau et on ne décollera pas assez de papier = pas assez transparent
  • attendre un peu l'absorption de l'eau et tester l'humidification avec la main: une habitude à prendre et un ressenti à apprivoiser
  • décoller en frottant mais pas trop fort, en essayant de faire partir en rouleau toute la feuille. Trouver la bonne épaisseur à enlever. Parfois il faut essayer à divers endroits et une fois trouvé le bon, repartir de là pour le reste de la feuille à enlever. Encore une fois, mieux vaut avoir trop de papier restant que d'en enlever trop et ne plus rien voir.

Gravure

On grave comme pour les lignes (voir estampes japonaises: gravure des lignes), avec un espace de 2 à 3 doigts pour le blanc à laisser autour: inutile d'aller trop loin dans les blancs, car sinon le papier va s'affaisser et toucher des zones avec de la couleur résiduelle, laissant des traces sur l'estampe finale. Plus on creuse les blancs loin, plus on doit les creuser profond... Donc autant s'éviter une perte de temps multiple: creuser trop loin = creuser plus profond = aiguiser plus souvent les outils...

On grave en général sur le milieu du contour du trait noir, s'il n'est pas trop fin.

Vérification: bien s'assurer qu'on a bien tout gravé, surtout si le bloc est compliqué: regarder le bloc sous différents angles.

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Same same but… different